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Chroniques catalanes-1 : Détour par l'Occitanie

Chroniques catalanes-1 : Détour par l'Occitanie

J'amorce aujourd'hui la publication d'une série de chroniques sur le processus d'autodétermination du peuple catalan qui se matérialisera par la tenue d'un référendum le 1er octobre prochain. Je me rendrai à Barcelone du 24 septembre au 2 octobre à titre de représentant d'Option nationale et je participerai à la délégation québécoise organisée par le Réseau Québec-monde. Je tiendrai en quelque sorte un journal de bord de ce voyage où se mêleront récit de vie et analyse politique. Je comparerai aussi à l'occasion l'évolution du mouvement indépendantiste québécois et celui du mouvement catalan.

Mon rapport à la question catalane remonte au référendum québécois de 1980. Après l'amère défaite du 20 mai, j'ai écrit avec la poétesse Michèle Lalonde un petit livre intitulé « Cause commune : manifeste pour une internationale des petites cultures » que nous avions rédigé à l'intention de nos interlocuteurs étrangers qui avaient soutenu la cause québécoise durant la campagne référendaire. Notre initiative faisait suite à des échanges suivis avec des intellectuels et militants étrangers et notamment les militants occitans avec qui nous avions entrepris une réflexion sur la nature de la revendication nationalitaire. Nous y dénoncions une forme d'isolationnisme qui affectait les nationalistes québécois qui manifestaient une relative indifférence à ce qui se passait ailleurs dans le monde et se réclamaient de l'américanité pour occulter les solidarités idéologiques avec d'autres peuples qui luttaient pour leur identité nationale. Nous agissions au Québec comme si notre cas était unique et avait peu de chose en commun avec d'autres luttes de libération nationale. Il ne fallait pas selon certains stratèges bien pensant miner nos chances de succès en prenant fait et cause pour d'autres mouvements de contestation de l'ordre constitutionnel établi. Ils pensaient bien sûr à la France qu'il ne fallait pas indisposer en soutenant les revendications corses, bretonnes ou occitanes. Il s'agissait pour nous de faire une mise en situation mondiale des revendications nationalitaires et de forger des liens avec les autres peuples en lutte pour leur liberté. Nous soutenions que nous n'étions pas seuls et que nous avions une cause commune à défendre qui appelait une solidarité de principe.

Cette solidarité théorique se transforma en liens directs avec le mouvement occitan à l'occasion d'un séjour de six mois que j'ai effectué à titre de professeur invité à l'Institut d'études politiques de Bordeaux, au trimestre d'hiver 1981. J'ai eu le bonheur d'y rencontrer Christian Coulon qui était lui aussi professeur à l'IEP et qui m'a introduit aux arcanes de la culture occitane. Spécialiste de l'Afrique, il connaissait tous les ressorts du colonialisme et se servait de son savoir pour critiquer l'uniformisation culturelle à l'oeuvre dans les sociétés occidentales. Il militait pour le réveil de ce que les Français appelait les « langues régionales ». Ce mouvement d'affirmation linguistique avait de profondes racines historiques car la langue d'oc avait été une langue d'usage au sud de la Loire jusqu'au début du XXe siècle. Elle avait été éradiquée par la politique d'assimilation linguistique de l'État français qui utilisait l'école obligatoire et le service militaire pour franciser les « Français » Se greffaient aussi à la lutte linguistique des enjeux socio-économiques. Le mouvement occitan se battait contre la désindustrialisation et le dépeuplement du midi de la France au profit du nord et des grandes villes. « Nous voulons vivre au pays » était le mot d'ordre de ce mouvement. Mais contrairement à la lutte du peuple québécois, les Occitans n'exprimaient pas publiquement de revendication politique et territoriale, ils n'envisageaient pas l'établissement d'un État indépendant. Ils se limitaient à demander la décentralisation et la régionalisation du pouvoir politique. La survie de leur langue était la motivation principale de leur engagement et ils nous enviaient d'avoir pu adopter la loi 101 qui en principe devaient endiguer les forces d'uniformisation linguistique. Le temps montrera qu'une politique linguistique dans un État provincial ne suffit pas à pérenniser une langue minoritaire. Un peuple annexé à un autre État ne peut se développer que s'il contrôle tous les pouvoirs politiques.

Je pris contact pour la première fois avec la Catalogne lors des vacances de Pâques en me rendant à Formentera, une petite île des Baléares. Je fis escale à Barcelone qui était à l'époque une ville moins pimpante et prospère qu'aujourd'hui. La dictature de Franco avait entravé le progrès de cette ville qui avait résisté farouchement aux exactions des phalangistes durant et après la guerre civile. Franco avait interdit l'enseignement du catalan qui ne fut rétablit qu'en 1979 avec la constitution de la province autonome de Catalogne. Le renouveau catalan commençait timidement à se manifester au début des années quatre-vingt par l'émergence d'une culture dynamique qui se manifestait, aux yeux du touriste que j'étais, dans la restauration et aussi dans la littérature. Je suis devenu un adepte des aventures de Pepe Carvalho , détective privé imaginé par Manuel Vasquez Monthalban qui était tout comme moi un amateur de bonne chaire et qui disait de la cuisine qu'elle était une métaphore de la culture. Les romans de Monthalban étaient d'ailleurs truffés de recettes typiques de la Catalogne qui ont été publiées dans un recueil intitulé « Les recettes de Carvalho ». « Meurtre au comité central » est le premier de ses romans que j'ai dévoré avant d'absorber la totalité de son œuvre.

L'identité catalane à cette époque était plutôt discrète et s'affichait surtout par la présence du drapeau catalan à rayure rouge et or accroché à quelques balcons du Barrio Gotico. La langue catalane était parlée, mais essentiellement dans l'espace privé. L'aire de rayonnement du catalan dépasse largement les frontières de la Catalogne, cette langue est parlée dans quatre État européens : Andorre, en France dans les Pyrénées orientales, aux îles Baléares, dans la province de Valence et même dans une région de la Sardaigne. La renaissance catalane sera rendue possible par le rétablissement d'une instance politique catalane la Generalitat qui existait déjà au Moyen âge mais qui avait été abolie en 1716 et qui fut rétablie une première fois par les républicains en 1936, pour être aboli de nouveau en 1939 suite à l'invasion des troupes de Franco. Le passage à la démocratie après la mort de Franco redonnera aux Catalans une nouvelle autonomie politique. Ils s'en serviront pour redonner droit de cité à la langue catalane en l'imposant dans l'enseignement.

J'ai compris lors de ce premier voyage que les revendications linguistiques des Catalans étaient très différentes de celles des Québécois. Au Québec, on s'est servi du pouvoir politique pour imposer le français comme seule langue officielle, langue des affaires, de l'administration, du commerce etc. Il s'agissait d'enrayer les ravages du bilinguisme qui menait à l'assimilation des francophones. En Catalogne, on utilise l'autonomie politique pour faire reconnaître le bilinguisme castillan-catalan, dans l'administration et dans la vie économique. Il fallait d'abord que les Catalans puissent apprendre à parler catalan à l'école, qu'ils puissent avoir accès à des médias en catalan et que l'administration publique puisse utiliser cette langue. Le but était de faire du catalan une langue d'usage publique car dans le cadre constitutionnel espagnol, l'article 3 impose l'usage du castillan sur tout le territoire espagnol. A titre d'exemple, mentionnons le fait que les Catalans ne peuvent pas parler leur langue au parlement espagnol. De même dans le cadre constitutionnel espagnol, les Catalans n'ont pas pu faire reconnaître leur langue par l'Union européenne. Dans le cadre du statut d'autonomie, les Catalans doivent connaître les deux langues officielles et ont la possibilité d'utiliser l'une ou l'autre. A moyen terme, l'indépendance mettra fin à cette suprématie du castillan.

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Politicologue, professeur et essayiste, Denis Monière est docteur en science politique de l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Militant au sein du Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN) et du Parti québécois, il fonde le Parti nationaliste du Québec en 1983. Il est aujourd'hui professeur titulaire au département de science politique de l'Université de Montréal.

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