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Chroniques catalanes-16 Les immigrants et l'indépendance de la Catalogne

Chroniques catalanes-16  Les immigrants et l'indépendance de la Catalogne

La Catalogne en raison de son niveau de développement économique est
un pays d'immigration. En 2010, ils représentaient 14% de la population et provenaient pour la plus grande part de pays d'Amérique latine et du Maroc. Entre 1999 et 2009, la Catalogne a accueilli 1 044 354 étrangers. En guise de comparaison, le Québec a accueilli, pour la même période, 411 963 immigrants, soit moins de la moitié. A cette immigration étrangère récente s'est ajoutée durant le XXe siècle une immigration intérieure provenant des régions le plus pauvres de l'Espagne comme l'Andalousie et la Murcie. On estime que 50% de la population de Catalogne vient des autres régions de
l'Espagne.

L'immigration est de compétence exclusive de l'État espagnol (article 149.1.2 de la constitution) mais les gouvernements autonomes interviennent en raison de leurs pouvoirs en matière d'éducation, de santé et de services sociaux pour favoriser une meilleure intégration. Ces gouvernements autonomes ont le pouvoir de reconnaître les diplômes universitaires, d'émettre les permis de séjour et les permis de travail ce qui facilite l'intégration au marché du travail. Ainsi, la Catalogne a adopté en 2008 des politiques publiques directement liées à l’accueil et à l’intégration des immigrants vivant sur son territoire qu'on a appelé le Pacte national pour l'intégration qui donne accès à des cours gratuit de catalan. L'objectif est de faire du catalan la langue publique commune. L'État catalan a investi environ 4 milliards d'euros dans les divers programmes d'intégration des immigrants pour la période 2009-2012.

Quelle est l'attitude des nouveaux venus à l'égard de l'indépendantisme catalan? Y a-t-il un vote ethnique en Catalogne? Tout comme au Québec, les sondages indiquent qu'il y a une corrélation entre l'origine ethnique et l'appui à l'indépendance. Les électeurs dont les deux parents sont d'origine catalanes ont une très forte tendance à soutenir les partis indépendantistes, cet appui s'atténue dans le cas des électeurs qui n'ont qu'un seul parent catalan. Lorsque les deux parents viennent de l'Espagne, le soutien à l'indépendance est très tiède.( Lire à ce sujet Cyril Trépier, Géopolitique de l'indépendance en Catalogne, Paris, l'Harmattan 2015, p 146 et sui.)

Mais à la différence du Québec, les immigrants ne font pas front commun contre l'indépendantisme. Ils ne sont pas réfractaires au nationalisme catalan. Ces nouveaux venus arrivent avec un esprit vierge ou neutre quant aux tensions entre la Catalogne et l'Espagne Ils n'ont pas d'a priori. Ils viennent pour travailler et ils s'identifient aux revendications autonomistes car leur intégration économique dépend dans une large mesure de la prospérité économique de la Catalogne. Ils auront de meilleurs emplois si l'économie catalane peut se développer sans les contraintes de Madrid. Plus la Catalogne a de pouvoirs, plus ils pourront profiter de meilleurs services de santé, d'éducation ou de soutien. Les nouveaux arrivants seraient aussi attirés par le discours indépendantiste parce que celui-ci est en résonance avec leur expérience politique et leurs convictions. De nombreux immigrants récents avaient une expérience militante préalable dans leur pays d'origine. Acquérir le droit de vote et l'exercer pour favoriser leur pays d'accueil est perçu comme un mode d'intégration. La socialisation opérée par les politiques d'intégration catalane, par les médias et le sport aurait un effet attractif pour ces nouveaux arrivants qui désirent faire parti du « nous ». Ils voient dans l'indépendance de la Catalogne un espoir d'avoir un emploi, des papiers et de meilleurs services sociaux. Ils veulent se libérer des lois du travail espagnoles qui les empêchent d'obtenir des avantages sociaux. Ils pensent aussi que l'indépendance facilitera la réunification des familles. ERC a d'ailleurs promis que la Catalogne indépendante accorderait la citoyenneté à toutes les personnes qui vivent en Catalogne.

Il y aura environ 220,000 de ces nouveaux venus qui auront le droit de vote au référendum ce qui représente 3% de l'électorat. C'est peu mais cela peut être décisif lorsque chaque vote compte.

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Politicologue, professeur et essayiste, Denis Monière est docteur en science politique de l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Militant au sein du Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN) et du Parti québécois, il fonde le Parti nationaliste du Québec en 1983. Il est aujourd'hui professeur titulaire au département de science politique de l'Université de Montréal.

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