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Pour une politique de décolonisation de l'espace public

Pour une politique de décolonisation de l'espace public

Qu'on le veuille ou non l'histoire est une roue qui tourne et elle est toujours écrite par les vainqueurs qui effacent les gloires d'hier pour imposer celles de demain. Idéalement, la mémoire collective devrait être une accumulation de couches qui se conservent et se superposent les unes aux autres, mais dans le monde réel fait de guerres, de révolution, de conflit et de domination, le vainqueur efface les traces du passé pour imposer sa vision de l'histoire.

Tout changement de régime politique implique une révision des symboles et des référents historiques qui ont été imposés par le rapport de domination qui vient d'être renversé. Exercer le pouvoir signifie contrôler les représentations du passé qui témoignent des luttes qui ont tissé la trame de l'histoire. Les héros d'hier ne se retrouveront pas nécessairement tous au panthéon des célébrités de demain.

Les exemples de déboulonnage ne manquent pas dans l'histoire récente, pensons à la destruction des symboles nazis après la seconde guerre mondiale, à l'éradication de Staline de l'histoire russe ou à la destruction des statues de Saddam Hussein en Irak. On peut facilement comprendre que les peuples opprimés et maltraités ne tiennent pas à célébrer ceux qui les ont fait souffrir et que leur libération s'exprime par le renversement des oppresseurs et de leurs représentations.

On aurait pu penser que dans les sociétés démocratiques et pacifiées, la réconciliation avec le passé soit assumée. Mais les revendications mémorielles ne se sont pas éteintes et ressurgissent pour rappeler que certains groupes ont subi la domination et l'oppression même dans des régimes qui se disent démocratiques. Les symboles de cette oppression sont eux aussi contestés comme ce fut le cas avec le déboulonnage de la statue du général Lee aux États-Unis ou celle du juge Roger Taney, qui a présidé la Cour suprême des États-Unis de 1836 à 1864 et qui a décidé que les Noirs ne pouvaient être considérés comme des citoyens des États-Unis. Les peuples se réservent le droit d'inventaire et de reléguer certains héros aux oubliettes de l'histoire. Des changements dans les rapports de forces sociales et sur le plan des systèmes de valeurs entraînent l'expulsion des gloires d'hier de l'espace public, on débaptise des noms de rues, on change le nom d'un prix (Claude Jutras), on remplace le vocabulaire offensant comme l'a fait le Rijksmuseum d'Amsterdam qui a supprimé vingt-trois termes figurant sur la description des tableaux, pouvant être jugés «offensants» comme Maure, nègre, esclave, sauvage, hottentot, nain, mahométan.

Un des manifestations de l'oppression nationale au Québec se trouve dans la glorification de nos conquérants. Notre conscience historique est colonisée, elle est occupée par la présence dans les lieux publics de ceux qui nous ont dominés. Une politique de décolonisation de l'espace public s'imposera lorsque le Québec deviendra indépendant. Pourquoi faudrait-il continuer à glorifier ceux qui ont opprimé militairement et politiquement le peuple québécois? Il faudra revoir les noms de rue, les appellations des bâtiments publics et des parcs ainsi que la statuaire. Cela ne signifie pas de faire disparaître les traces de la conquête en particulier à Montréal qui fut peuplée par le colonisateur britannique qui y a laissé un riche héritage culturel et institutionnel qui s'inscrit dans le patrimoine québécois.

Il ne s'agit pas de réécrire l'histoire ou d'occulter le passé mais de délégitimer ceux qui ont participé à notre subordination collective. Il n'y a pas de raison de continuer à célébrer le général Wolf de même que Amherst qui a mené une guerre bactériologique contre les Amérindiens, « le vieux brûlot » Colborne, tout comme la reine Victoria, l'amiral Nelson, John A Macdonald, etc. Il ne faudra pas non plus oublier de désacraliser les collaborateurs québécois à cette entreprise de subordination collective comme les Cartier, Trudeau et consorts. L'aéroport Trudeau changera de nom. Au lieu de faire de ces héros des objets d'approbation publique, nous en ferons des objets de musée en créant un Musée de la colonisation britannique où nous regrouperons les monuments que le conquérant s'est élevés à sa propre gloire. Nous n'oublierons pas l'histoire, mais nous la placerons dans le contexte du régime colonial et de ses suites. Nous pourrons ainsi rendre justice à ceux et celles qui se sont battus pour la libération nationale.

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Politicologue, professeur et essayiste, Denis Monière est docteur en science politique de l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Militant au sein du Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN) et du Parti québécois, il fonde le Parti nationaliste du Québec en 1983. Il est aujourd'hui professeur titulaire au département de science politique de l'Université de Montréal.

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